Lapin de garenne Oryctolagus cuniculus
Découvrez cet ancêtre du lapin domestique, qui vit à l'état sauvage dans de nombreux parcs et jardins de la région bruxelloise.

Caractéristiques principales
Protection stricte sur tout le territoire régional (Annexe II.2.1, Ord. Nature),
Observez, identifiez, découvrez
Le lapin de garenne sauvage a la taille d'un petit lapin domestique, avec de longues oreilles dressées (mais plus courtes que celles du lièvre). La fourrure du dos, des flancs et du dessus de la tête est brun gris. La nuque est plutôt rousse. La poitrine est grise et le ventre blanc. Il a une queue courte en forme de pompon relevé et des pattes postérieures assez longues. La femelle a la tête plus allongée que le mâle, d'apparence plus joufflue.
Le lapin de garenne vit en groupes sociaux et hiérarchiques d'une dizaine d'individus occupant de un à plusieurs terriers, formant un réseau souterrain de couloirs et de chambres : la garenne.
Ce sont les lapines, seules, qui construisent les terriers. Elles aménagent également les nurseries ou "rabouillères", des nids temporaires, hors de la garenne, composés d'herbes sèches, mousses et poils. Plutôt casaniers et territoriaux, le mâle dominant est particulièrement actif dans le marquage du territoire de la colonie, via les crottes, l'urine et les "grattis", de petites fossettes de 5-6 cm creusées çà et là, et garnies de crottes odorantes. En frottant son menton, il dépose également des odeurs qui marquent l'identité de la colonie.
L'espèce sauvage, domestiquée dès le Moyen-Âge, est à l'origine de toutes les espèces de lapins domestiques actuelles. Même si leur esthétique a évolué par sélection, les besoins écologiques et sociaux restent les mêmes.
Bien qu'il aime ronger, il ne s'agit pas d'un rongeur mais d'un lagomorphe, il n'appartient donc pas au même ordre que les rats, souris, écureuils ou chinchillas. Les lapins ont ainsi deux paires d'incisives supérieures, contrairement aux rongeurs qui n'en ont qu'une.
Le lapin de garenne a la particularité de produire de vraies crottes, déchets de la digestion, ainsi que de "fausses crottes", appelées caecotrophes. Lors du processus de digestion, une partie des aliments, la plus riche sur le plan nutritif, refait un petit tour de digestion. Pour cela, le lapin expulse ces fausses crottes par la même voie que les vraies crottes, les attrape directement à leur sortie au niveau de l'anus et les réingurgite. De cette manière, il absorbe un maximum de protéines et de vitamines. Bon appétit !
Cycle biologique
Le groupe familial s'organise autour d'un couple dominant, les individus dominés occupant les terriers les plus périphériques et plus exposés aux prédateurs ou les moins adaptés (froids, humides...). Cette organisation est remise en question tous les ans, permettant à un nouveau mâle de potentiellement prendre la tête de la colonie ; la femelle dominante ne change en général pas et accepte le nouveau mâle. Les mâles éconduits restent vassaux ou quittent la colonie pour explorer d'autres horizons.
C'est une espèce polygame, connue pour sa très grande capacité de reproduction. La saison des amours s'étend de février à fin juillet, avec un pic en avril et mai. Une lapine produit une portée jusqu'à 4 à 6 fois par an, donnant naissance à une moyenne de 5 petits après une période de gestation d'environ un mois.
Les lapereaux naissent nus et aveugles ; ils n'ouvrent les yeux qu'au bout d'une dizaine de jours. Ils sont allaités au terrier les vingt premiers jours de leur existence, puis font leur première sortie. Ils apprennent en imitant leur mère et prennent rapidement leur indépendance, s'intégrant au groupe social en rejoignant la garenne. La mère est alors prête pour un nouvel accouplement.
Comme les jeunes ne sont souvent allaités qu'une fois par jour et ne reçoivent que des soins minimaux, le taux de mortalité des jeunes est élevé (jusqu'à 75 % des jeunes meurent au cours des trois premiers mois) : 1 jeune sur 5 atteint en moyenne son premier anniversaire. Les principales causes de mortalité sont la prédation, les maladies (en particulier la myxomatose et la "maladie hémorragique virale" - SHV) et la circulation.
Les prédateurs naturels du lapin sont la fouine, la belette, le putois et le renard. Les jeunes animaux sont souvent la proie des oiseaux de proie.
La survie des lapereaux dépend aussi de la qualité de l'alimentation, de la température du terrier ou d'éventuelles inondations de celui-ci. Les lapins sortent surtout le soir et la nuit, mais peuvent sortir en journée s'ils se sentent en sécurité. Les jeunes lapins sont déjà sexuellement actifs à 6 mois (femelles) ou 8-9 mois (mâles).
- Visibilité : janvier à décembre
- Reproduction : février à juillet
Risques de confusion
Lièvre d'Europe
Place dans l’écosystème
Le lapin ingère de grandes quantités de végétaux, entre 250 et 550 g par jour par adulte. A la belle saison, il s'agit en majorité de plantes herbacées, en particulier des graminées (poacées). En hiver, il consomme des tiges et écorces d'arbrisseaux, creuse à faible profondeur pour dénicher des racines, des graines ou des bulbes. Il peut aussi grimper dans des buissons pour attraper de jeunes pousses. Il consomme également des plantes cultivées et peut causer quelques soucis au potager.
Le terrier est creusé de préférence sur un talus, en terrain sec, dans un sol meuble et profond. Il ne s'éloigne en général que de quelques centaines de mètres de son terrier pour se nourrir. Le terrier comporte plusieurs "pièces", un réseau de couloirs et plusieurs sorties. Le terrier les protège contre les écarts de température, les intempéries et les prédateurs. Il est creusé dans des zones où les lapins trouveront de la nourriture en suffisance, en paysages ouverts.
Il préfère les milieux avec couvert buissonneux bien développé, comme les lisières forestières, les clairières et les coupes, les larges chemins herbeux, les ronciers, les friches arbustives. On le trouve également dans les prairies, les bocages, des talus boisés... Tous types de milieux herbeux peuvent convenir, surtout s'il y a des buissons ou des haies à proximité pour s'y cacher en cas de danger, y compris les pelouses et prairies d'origine anthropique (jardins).
Gérez et accueillez
Une des principales menaces pesant sur le lapin de garenne est la disparition de son habitat par l'urbanisation. Il est important de conserver et favoriser les habitats nécessaires à l'espèce, c'est-à-dire des espaces contenant à la fois des zones ouvertes propices à son alimentation et des zones fermées constituant un couvert protecteur.
La connectivité des habitats doit permettre d'offrir un domaine vital suffisant : un lapin peut exploiter de 0.4 à 4 hectares, et le territoire d'une colonie peut s'étendre sur près de 10 hectares, selon la disponibilité en ressources alimentaires. Dans la majorité des cas, les individus ne s'éloignent toutefois pas à plus de 300 mètres de leur terrier et une petite garenne exploite l'équivalent d'un terrain de football.
Pour favoriser cette espèce
- Maintenez des lisières de transition entre espaces ouverts et fermés (zones boisées et arbustives).
- Préservez les milieux ouverts, peu arborés, comme les pelouses, prairies ou talus.
- Maintenez les ronciers et buissons épineux, qui offrent une protection contre les prédateurs.
- Proscrivez les pesticides, en particulier les herbicides qui limitent les herbes folles.

Attention lors du déplacement de tas d'herbes coupées, de foin ou de broyat en période de reproduction : ils peuvent héberger une portée de lapereaux.
Prudence également lors de la tonte ou de la fauche si des petits tas d'herbes mortes sont visibles dans des zones où des lapins sont présents, il peut s'agir également de rabouillères, les nids d'herbes aménagés pour accueillir les portées.
Le lapin de garenne fait partie de tout un écosystème. Différentes espèces comme le putois (Mustela putorius), la martre des pins (Martes martes) et la fouine (Martes foina) utilisent ses terriers comme gîtes de repos ou de nidification. L'orvet fragile peut aussi y trouver refuge pour passer l'hiver à l'abri. Lui-même peut utiliser les terriers d'autres animaux comme le renard roux.

Cohabitez et évitez les nuisances
Avec son appétit et sa tendance à creuser des galeries, le lapin de garenne peut poser quelques soucis de cohabitation au potager, au jardin, dans les espaces verts, voire même dans les cimetières.
L’espèce étant strictement protégée, il est nécessaire de trouver quelques astuces pour cohabiter et partager nos espaces de vie.
Limitez le broutage
Herbivores, les lapins aiment à peu près tout ce que nous pouvons faire pousser au potager ou dans nos champs, nos légumes modernes ayant été justement sélectionnés pour être savoureux, tendres et sucrés. Ils préfèrent les feuilles tendres, mais aussi les fleurs.
Les racines et les bulbes sont aussi au menu, mais ne sont pas les plus prisés. Des carottes, ce sont donc les fanes qui sont les plus à risques, contrairement à la croyance populaire.
En hiver, les jeunes arbres et arbustes, bourgeons et écorces tendres sont également broutés.
Les parties broutées sont laissées sectionnées, parfois avec un court pétiole. Elles ne sont pas arrachées, et des traces d'incisives sont parfois observables. Des crottes ne sont généralement pas très loin.
Concentrez vos efforts sur les zones à protéger
- Installez des clôtures grillagées (maille de 2 à 3cm, ou cage à poule) sur une hauteur de 120 cm pour dissuader les meilleurs sauteurs.
- Enterrez la partie inférieure du grillage à 15 à 30 cm de profondeur, éventuellement avec un revers vers l’extérieur (sur le modèle des clôtures anti-renards).
- Entourez les arbustes et jeunes arbres à protéger par des grillage métalliques ou des protecteurs de troncs en spirale, du sol jusqu’à 60 cm de hauteur au moins.
- La majorité des effaroucheurs (serpents en plastique, dispositifs qui font du bruit ou des mouvements pour effrayer l’animal...) fonctionne pour un temps limité ; les lapins ont peur de la nouveauté mais comprennent assez vite qu’il n’y a pas de danger réel et reviennent sans trop s'en soucier.
Limitez les terriers
Des galeries et terriers de lapins peuvent être incommodants dans certains endroit, que ce soit au jardin ou dans des espaces publics (risques de chute par exemple). S'il peut s'envisager de limiter l'arrivée de lapins qui n'ont pas encore élu domicile sur un terrain (avec des clôtures adaptées - et si des conditions spécifiques n'imposent pas la perméabilité à la petite faune), la gestion de populations en place est plus compliquée. Elle nécessite, dans tous les cas, l'obtention d'une dérogation à l'ordonnance nature.
L'espèce étant strictement protégée sur l'ensemble du territoire régional, les terriers et garennes sont donc également strictement protégés. Il est interdit de les perturber ou les reboucher.
Les lapins sont territoriaux et casaniers, les terriers et garennes sont donc rarement abandonnés. En cas de perturbation grave pendant la période de reproduction, les adultes peuvent fuir et abandonner les lapereaux, ce qui les condamne à une mort certaine.
