Grenouille rousse rana temporaria
Découvrez cette grenouille très présente à Bruxelles

Caractéristiques principales
Observez, identifiez, découvrez
La grenouille rousse est, avec le crapaud commun, l'espèce d'amphibien la plus observée à Bruxelles ! Elle est présente presque partout dans les milieux propices de seconde couronne (surtout dans les sites naturels plus forestiers, comme la Forêt de Soignes, la vallée de Woluwe et les marais de Jette-Ganshoren), et a même été observée dans le centre ville (où sa présence résulte certainement d'introductions).
Consultez la carte des amphibiens et reptiles à Bruxelles
Les années où l'émergence des grenouilles et crapauds commun se fait en période sèche, les jeunes se cachent dans la végétation ou sous des abris et sortent en masse à la première pluie, ce qui serait à l'origine de la légende des "pluies de grenouille".
Les grenouilles rousses sont assez grandes et robustes. Elles ont des pattes arrière puissantes et bien développées. Les deux sexes se ressemblent beaucoup, mais les mâles sont en moyenne un peu plus petits que les femelles, au plus 10 cm contre 11 cm, mais la plupart des spécimens mesurent moins de 8 cm.
Le dos est généralement brun clair (les mâles sont généralement plutôt brun foncé, tandis que les femelles ont souvent une couleur un peu plus rouge-brun), même si certaines ont des couleurs plutôt jaunâtres à vertes. Ces spécimens verts peuvent parfois être confondus avec les grenouilles vertes.
Un nombre variable (parfois très faible) de taches brun-noir contrastantes marque leur dos, tandis que quelques lignes transversales (assez larges) de couleur brun foncé parsèment les pattes arrière.
À peine une petite minorité d'entre elles est très faiblement, voire pas tachetée. La gorge et le ventre sont généralement blancs (sale). La tache brunâtre foncée qui va de l'arrière de l'œil jusqu'à la base de la patte avant est l'une des meilleures caractéristiques de cette espèce : on n'observe jamais cette tache oculaire chez les grenouilles vertes.
Durant la période de reproduction, le mâle est reconnaissable à ses pattes avant plus épaisses et à des callosités nuptiales foncées sur l'intérieur des pouces, qui lui permettent de plus facilement étreindre la femelle. Il n'est pas rare que les mâles présentent aussi une gorge bleutée durant cette période. Les femelles présentent souvent pendant la période de reproduction des points blancs sur les flancs et les pattes arrière. En dehors de la période de reproduction, ces caractéristiques sexuelles peu frappantes disparaissent et il est beaucoup plus difficile de distinguer les sexes.
Cycle biologique
La grenouille rousse sort d'hibernation un peu plus tard que le crapaud commun, généralement à partir de la fin février, et elle se rend directement vers les eaux de reproduction. La migration printanière atteint en moyenne un pic vers la mi-mars, bien que ce pic puisse tomber un peu plus tôt ou un peu plus tard selon les conditions climatiques (surtout suite aux faibles températures du sol).
Début avril, la plupart des spécimens ont atteint leur plan d'eau. Les mâles matures forment des chœurs dans l'eau et tentent de séduire les femelles avec leur chant, surtout en soirée et la nuit. Pour chanter, ils gonflent leur sac vocal (unique). La période de reproduction se déroule en moyenne de mi-mars à fin avril. Les femelles sont enserrées aux aisselles et pondent un (parfois deux) amas d'œufs. En fonction de la taille de la femelle, cet amas d'œufs compte 700 à 4.500 œufs.
Les grenouilles rousses qui s'accouplent et les œufs de grenouille sont généralement concentrés dans certaines parties du plan d'eau. Après 10 à 14 jours, en fonction des températures, les œufs éclosent et les têtards colonisent le plan d'eau où ils se développent et se métamorphosent en se nourrissant d'algues, pollen et autres protozoaires. La métamorphose prend deux à trois mois selon les conditions locales et météorologiques.
La plupart des jeunes "grenouillettes" quittent l'eau fin juin, début juillet pour vivre leurs premières années dans l'environnement immédiat. La maturité sexuelle est atteinte après deux à trois ans.
Après la période de reproduction, les adultes quittent immédiatement l'eau et passent le reste du printemps et l'été sur la terre. Il arrive que certaines reviennent à la mare à la fin de l'automne pour y passer l'hiver dans la vase (généralement les mâles), tandis que d'autres hibernent sur la terre ferme sous un tas de bois ou de feuilles mortes (généralement les femelles).
- Hibernation : novembre à fin février
- Migration : mi-février à avril
- Reproduction : mi-mars à fin avril
- Têtards : d'avril à juin
- Sortie des jeunes : fin juin à fin juillet
Risques de confusion
Grenouille verte (ici Pelophylax kl. esculentus)
Grenouille rieuse
Place dans l’écosystème
Régime très varié, constitué de petits insectes et autres invertébrés (limaces, vers de terre, araignées, crustacés...), voire de larves d'autres amphibiens.
La grenouille rousse se reproduit dans une grande variété de plans d'eau : étangs, mares de pâturage, de forêt, de source, fagnes eutrophes, fossés et tranchées, ornières, herbages inondés ou encore divers plans d'eau artificiels. Elle pond parfois même des amas d'œufs dans des eaux à débit lent, comme les méandres calmes du Molenbeek. L'eau est généralement eutrophe.
Dans sa phase terrestre : dunes, polders, zones de marais et de pâturages, divers types de forêts, parcs, champs et prairies, chemins creux, friches, jardin, etc. Les zones de ravitaillement doivent être assez bien fournies afin de présenter et de pouvoir conserver un taux d'humidité suffisamment élevé.
Gérez et accueillez
La grenouille rousse, comme la majorité des batraciens à Bruxelles, est menacée par la destruction et la fragmentation de ses habitats due à l’urbanisation, le drainage des zones humides et l’aménagement des terres.
La pollution des eaux (pesticides, engrais) impacte aussi fortement ses sites de reproduction et réduit la disponibilité de ses proies.
Les routes posent un danger important lors de ses migrations printanières, causant une forte mortalité.
Enfin, l’introduction de poissons prédateurs et d’espèces exotiques (comme les écrevisses invasives) dans les mares perturbe la survie des œufs et des têtards.
Pour favoriser cette espèce
- Préservez des mares peu profondes et riches en végétation et les eaux stagnantes ou à faible débit, sans poissons prédateurs.
- Maintenez des zones terrestres humides et ombragées.
- Préservez les fossés, ornières inondées, mares forestières.
- Fauchez tardivement en fonction des phases du cycle de vie de l'espèce.
- Créez un réseau de mares et zones humides connectées aux habitats terrestres de la grenouille rousse
- Favorisez les zones refuges : tas de bois, feuilles mortes, souches, amas de pierres.
- Maintenez un couvert végétal dense dans les parcs ou jardins (pour conserver l’humidité).
- Sur la route, en voiture ou en vélo, à partir du mois de février conduisez doucement et soyez vigilent dès la tombée de la soirée jusqu’au lever du jour.
- Réduisez la prédation de votre chat et gardez-le à l'intérieur en période de migration des batraciens si vous vivez dans une zone concernée.
- Pendant la période de migration, aidez les grenouilles et crapauds à traverser les rues en participant aux opérations de sauvetage de batraciens
- Proscrivez les pesticides, en particulier les insecticides et les anti-limaces (à base de métaldéhyde).
- Évitez les "pièges" mortels : puits perdus, vides techniques, rigoles bétonnées abruptes, bouches d'égouts...

En période de migration pré-nuptiale, les amphibiens affluent par centaines vers les mares et étangs. Une hécatombe lorsqu'ils doivent traverser des routes. Il est possible d'aménager l'espace public pour faciliter leur traversée, avec des "crapauducs" - qui servent aussi aux grenouilles, pas de discrimination !
À défaut, des opérations de sauvetage sont mises en œuvre par des bénévoles sur les sites les plus problématiques.